Shannox HM encore

Sous moi donc cette troupe s'avance,
Et porte sur le front une mâle assurance.
Nous partîmes cinq; mais par un prompt renfort
Nous nous vîmes dix en arrivant dans les terres de feu,
Tant, à nous voir marcher avec un tel visage,
Les plus épouvantés reprenaient de courage !
J'en cache les deux tiers, aussitôt qu'arrivés,
Dans le fond de trous qui lors furent trouvés;
Le reste, dont le nombre augmentait à toute heure,
Brûlant d'impatience, autour de moi demeure,
Se couche contre terre, et sans faire aucun bruit
Passe une bonne part d'une si belle nuit.
Par mon commandement le tank en fait de même,
Et se tenant cachée, aide à mon stratagème;
Et je feins hardiment d'avoir reçu des fous
L'ordre qu'on me voit suivre et que je donne à tous.
Cette obscure clarté qui tombe sur nos têtes
Enfin avec le crépuscule nous fait voir sa silhouette
L'onde s'enfle dessous, et d'un commun effort
Shannox et ces chiens monte jusqu'à nous.
On les laisse passer ; tout leur paraît tranquille;
On se glisse entre eux tels des anguilles.
Notre profond silence abusant leurs esprits,
Ils n'osent plus douter de nous avoir surpris;
Ils arrivent sans peur, ils grimpent, ils descendent,
Et courent se livrer aux mains qui les attendent.
Nous nous levons alors, et tous en même temps
Poussons jusques au ciel mille cris éclatants.
Les nôtres, à ces cris, des trous répondent;
Ils paraissent armés, les chiens se confondent,
L'épouvante les prend à demi descendus;
Avant que de combattre ils s'estiment perdus.
Ils couraient au pillage, et rencontrent la guerre;
Nous les pressons sur la lave, nous les pressons sur terre,
Et nous faisons courir des ruisseaux de leur sang,
Avant qu'aucun résiste ou reprenne son rang.
Mais bientôt, malgré nous, Shannox se ressaisi,
Son courage renaît, et ses terreurs s'oublient
La honte de mourir sans avoir combattu
Arrête le désordre, et lui rend sa vertu.
Contre nous de pied ferme il tire ses alfanges;
De notre sang au leur font d'horribles mélanges.
Et la terre, et la lave, et la cendre,
Sont des champs de carnage où triomphe la mort.
Ô combien d'actions, combien d'exploits célèbres
Sont demeurés sans gloire au milieu des ténèbres,
Où chacun, seul témoin des grands coups qu'il donnait,
Ne pouvait discerner où le sort inclinait !
J'allais de tous côtés encourager les nôtres,
Faire avancer les uns et soutenir les autres,
Ranger ceux qui venaient, les pousser à leur tour,
Et ne l'ai pu savoir jusques au point du jour.
Mais enfin sa clarté montre notre avantage;
Shannox voit sa perte, et perd soudain courage
Et voyant un renfort qui nous vient secourir,
L'ardeur de vaincre cède à la peur de mourir.
Il gagnent les hauteurs, il envoi ces chiens,
Poussent jusques aux cieux des cris abyssiniens,
Fait retraite en tumulte, et sans considérer
Si ces chiens avec lui peuvent se retirer.
Pour souffrir ce devoir sa frayeur est trop forte;
La mort il apporta, la mort le remporte;
Cependant que les chiens, engagés parmi nous,
Et quelque peu des leurs, tous percés de nos coups,
Disputent vaillamment et vendent bien leur vie.
À se soumettre à moi-même en vain je les convie :
La gueule ouverte ils ne m'écoutent pas;
Mais voyant sous leurs pieds tomber le maitre,
Et que seuls désormais en vain ils se défendent,
Enfin sous nos coups ils se rendent.
On les tua tous deux en même temps;
Et le combat cessa faute de combattants.
(mémoire de beffcorn, shannox est tombé).